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Far (West) Niente

Publié le 31 May 2012 — par Nous
Catégories Argentine

Quelques heures de bus depuis Tupiza nous mènent à la frontière Argentine. Notre passeport est rapidement estampillé d’un nouveau tampon et on nous laisse passer sans un regard. En effet, les douaniers sont moins intéressés par les touristes que par les milliers de boliviens qui passent chaque jour ici, légalement ou pas. L’Argentine pour eux c’est un peu l’Eldorado, le voisin riche où un emploi permettrait de faire vivre sa famille restée en Bolivie.

On s’arrête pour la nuit à Humahuaca, petite ville nichée au fond de la quebrada. Ce canyon qui serpente depuis la Bolivie jusqu’à Salta est entouré de montagnes sculptées par l’érosion. Dans ce décor aux airs de Far West, les cactus remplacent les arbres et sont d’ailleurs pour la population, la seule source de bois. Ici, des meubles au plafond, tout est en cactus.

Cinq heures plus au sud, on s’arrête à Salta, la grande ville du nord de l’Argentine. L’ambiance y est sympathique, l’architecture coloniale encore bien présente lui donne des airs de petite bourgade alors qu’elle compte plus d’un demi million d’habitants. On y fait une pause prolongée, l’estomac de Tristan ayant quelques différents avec la nourriture locale…

L’étape suivante, Cafayate est particulière, puisqu’on doit y retrouver Francine, une bonne copine à la maman de Tristan qui habite en Amérique du Sud depuis maintenant plusieurs années. A nouveau la route est vraiment belle, les déplacements depuis quelques temps sont très agréables du fait des paysages qu’on traverse et de la qualité des transports.

Sur place on retrouve Francine, son fils Manu ainsi que des amis, suisso-péruviens qui habitent dans le coin. On s’installe en début d’après midi à la terrasse d’un bistrot  pour discuter et goûter le fameux Torrontes, un vin blanc sec produit dans la région. La nuit tombée, on se décide à bouger, engourdi par le froid et un peu par le Torrontes aussi. Ils nous emmènent alors dans une pena, un restaurant où les gens viennent pour manger, de la viande principalement, tout en écoutant du folklore local. L’ambiance est au rendez-vous, les chanteurs et leur guitare se succèdent sur la petite scène. L’Argentine a la réputation de produire la meilleure viande au monde, censée être la plus tendre et la plus fine. Après s'être penché avec beaucoup de sérieux sur la question et sur notre assiette, on peut vous affirmer que cette réputation est totalement fondée. Le carré de bœuf, juste saisi sur la braise est à tomber par terre.

Après cette soirée mémorable, on rentre chez Francine, où on prend un dernier verre en dégustant la viande séchée maison de Manu. Il est en pleine élaboration d’une recette qui plairait aux argentins tout en gardant son coté authentique valaisan et espère lancer ce produit complètement inédit en Amérique du sud. Quand on connaît la qualité de la viande ici et qu’on combine ça aux recettes valaisannes, on peut imaginer le potentiel du produit fini. En tout cas, nous on est conquis.

Ca nous fait beaucoup de bien de se poser quelques jours ici, on se sent comme à la maison. L’endroit est superbe, perdu au milieu de la nature, les premiers voisins sont à plus d’un kilomètre. C’est le genre d’endroit d’où on arrive difficilement à repartir, et c’est un peu ce qui nous arrive.

Les animaux de compagnies sont nombreux chez Francine. Trois chiens, deux chats et surtout deux lamas. Ces derniers, loin d’être peureux, sont totalement apprivoisés. Ils répondent quant on les appelle, toujours curieux de savoir si on a quelque chose pour eux.

On s’éloigne lors d’une journée pour retourner à Cafayate et explorer la quebrada que nous avions traversée rapidement en bus en venant ici. On prend le temps d’entrer à l’intérieur, de parcourir les vallées creusées par les pluies. Les différents types de roches superposées, de toutes les couleurs, sont comme un mille-feuilles géant qui s’étire sur plusieurs kilomètres.

De retour à Cafayete, c’est l’heure des quatre heures, glace au Torrontes et au Cabernet Sauvignon.

Après six jours passés ici, on se décide un peu à contre cœur à continuer notre chemin vers le sud, en se promettant qu’on reviendra. Merci encore à Francine et Manu pour leur accueil plus que chaleureux.

Les photos par ici

Mince de mine

Publié le 21 May 2012 — par Nous
Catégories Bolivie

Nous descendons en direction de l’Argentine, deux derniers arrêts en Bolivie, Potosi et Tupiza.

Potosi, ville minière, ancienne plus riche et plus grande ville des Amériques respire encore le luxe et l’argent par ses bâtiments, notamment ses 80 églises somptueuses, mais n’abritent aujourd’hui plus qu’une population pauvre, qui extrait encore le peu qu’il reste du « Cerro Rico » (le mont riche).

La découverte principale ici est bien évidement la visite des mines d’argent. Mais nous ne sommes pas emballés à l’idée de descendre afin d’observer ces mineurs dans des conditions infernales. Par peur de voyeurisme, nous hésitons longuement… Après quelques discussions à gauche et à droite, nous tentons l’expérience.

Première étape, nous nous équipons. Puis, nous nous rendons à l’endroit où la roche arrive, brute, et en est extrait l’argent.

Direction le marché pour acheter des présents pour les mineurs ; explosifs, eau, alcool, feuilles de coca… Les mineurs sont indépendants et louent une partie de la mine à la coopérative. Ils doivent donc se procurer eux-mêmes le matériel nécessaire pour leur travail. Du à la difficulté de leur activité, les mineurs mâchent de la coca, qui soulage la douleur et atténue la faim. Ils ne leur faut pas moins de 300 feuilles, deux fois par jour pour tenir le coup. Et puis aujourd’hui, c’est vendredi, jour où ils offrent de l’alcool, des cigarettes, des feuilles de coca à Tio (l’oncle, le dieu sous terre, pour ne pas dire le diable) afin de s’assurer de sa protection. Pendant ce rituel, les mineurs mâchent également de la coca, fument et boivent cet alcool à 96% afin d’oublier un peu leur existence difficile. C’est dans cette atmosphère que nous descendons sous terre…

Durant plus de deux heures, nous rampons dans de minces passages ou parfois seules quelques poutres pourries tiennent la roche. Nous courons pour éviter les nombreux chariots passant à toute vitesse, nous avons à peine le temps de faire marche arrière, de nous plaquer contre une paroi rocheuse que déjà il passe, deux hommes en sueur poussant ce monstre de deux tonnes. Nous  marchons dans une atmosphère chargée de poussière ainsi que d’autres composants invisibles tels que l’amiante ou la poudre de silice. Le tout dans une chaleur écrasante. Nous portons des écharpes en guise de masque, pour filtrer un peu toutes ses particules nocives, mais nous avons beaucoup de peine à respirer, nous sommes à 4200m. Notre gorge nous gratte, notre trachée nous brûle et notre nez est complètement sec. Un sentiment d’angoisse et d’oppression se fait sentir tout du long. Les mineurs eux, ne portent pas de protection, ils ont besoin de s’oxygéner beaucoup plus dû à l’effort et à l’altitude, les masques les empêchent de s’oxygéner assez.

Nous allons jusqu’au 3ème sous-sol où une première équipe de mineurs fait exploser des bouts de roche, avant de pousser le chariot, jusqu’à la deuxième équipe.  Celle-ci pelle tous les gravats déversés à terre par le chariot, puis les hisse grâce à d’énormes sauts en cuire jusqu’à l’étage supérieur où le travail se poursuit. Ici pas d’ascenseur électrique, il faudrait le payer… Les mineurs sont décharnés, les yeux rouges, probablement dus à l’excès de coca prise, les visages sont marqués. Dans de telles conditions, chacun compte sur les membres de son équipe pour tenir le coup durant plus de 12 heures par jour, et sous une température atteignant parfois 45°C.

Nous sommes soulagés d’en sortir. L’expérience faite, nous ne voudrions pas la reproduire une seconde fois… et dire qu’eux, ils redescendront demain et le jour suivant encore, jusqu’à tomber malade ou mourir en respirant une poche de gaz carbonique ou en étant ensevelis dans un éboulement. L’espérance de vie des mineurs est de 55 ans. Leur salaire est certes, trois fois plus élevé que les boliviens en général, mais à quel prix ?

Après cette expérience traumatisante, nous partons pour Tupiza. Petit village tranquille au milieu de canyons impressionnants.  Nous passons quelques jours dans le village et nous baladons dans les quebradas, des formations rocheuses creusées par la pluie et le vent. L’impression d’être dans un western est saisissante, on s’attendrait presque à voir débarquer Lucky Luck derrière un cactus.

Demain nous passerons déjà en Argentine, après une vingtaine de jours géniaux passés en Bolivie.

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